KYOGEN

Exprimer tout uniquement avec des cercles parfaits et des lignes droites Créer de nouvelles formes avec la technique et le sens esthétique des « kamon », armoiries familiales

Plus d’un millénaire d’histoire et plus de 50 000 sortes d’armoiries « kamon »

 On dit qu’il y a 20 000 sortes d’armoiries familiales au Japon et certains chercheurs pensent qu’il y en aurait même 50 000. Au Japon, les armoiries familiales ont commencé à être utilisées il y a plus de mille ans par la classe dirigeante des nobles pendant la période Heian (794-1185), et des armoiries représentant chaque famille ont été créées les unes après les autres. Plus tard, à l’époque des samouraïs, celles-ci ont été utilisées comme emblèmes pour distinguer les alliés des ennemis sur le champ de bataille, et ont fini par apparaître sur les kimonos utilisés dans les rituels et les cérémonies. Ensuite, à l’époque Edo, même la classe populaire avait ses propres armoiries familiales et les arboraient sur leurs kimonos et autres biens personnels.

Des outils et techniques pour dessiner les armoiries familiales

 On appelle les artisans qui dessinent les armoiries familiales sur des kimonos les « Monsho-Uwaeshi ». Pour les dessiner, ils se servent d’outils tels que de l’encre, des pinceaux, des règles, des tiges en verre et un compas appelé « bunmawashi ». Grâce à ces derniers, ils dessinent leurs œuvres uniquement en traçant des lignes droites et des cercles parfaits, avec des lignes plus fines qu'un cheveu. Certaines armoiries peuvent, selon les motifs, être composées de centaines, voire de milliers de cercles parfaits, ce qui demande aux Monsho-Uwaeshi un travail extrêmement précis et minutieux. On dit que l’expérience et l’intuition de ces derniers leur permettent de trouver instantanément où placer le centre d’un cercle parfait.
 Les armoiries familiales transmises de génération en génération depuis plus de mille ans ont toutes un design simple et sophistiqué. Katsushika Hokusai, devenu célèbre pour ses gravures ukiyo-e, a également écrit dans son livre : « Tout peut se résumer à des carrés et à des cercles ».

Un art composé de 2582 cercles parfaits

 M. Shoryu Hatoba et son fils Yoji, qui travaillent tous deux comme Monsho-Uwaeshi, ont donné naissance à une nouvelle forme créative unique nommée « MON-MANDALA », qui combine le savoir-faire artisanal et les connaissances qu’ils ont perfectionnés au fil des ans aux outils numériques.
 Prenons par exemple cette œuvre qui dépeint le Qilin, un animal légendaire de la mythologie chinoise. Les innombrables lignes courbes tracées vers l’extérieur à partir des deux Qilin qui sont dos à dos au centre semblent représenter la force de vie et l’aura qui émanent de ceux-ci.
Cette œuvre, dont se dégage une impression digne et solennelle, est en fait dessinée uniquement avec 2582 cercles parfaits. Shoryu Hatoba décrit le « MON-MANDALA » de la manière suivante :
« Il s’agit d’œuvres d’art qui appliquent la technique des Monsho-Uwaeshi qui dessinent des armoiries familiales uniquement avec des lignes droites et des cercles parfaits. Les fines lignes tracées en guise de préfiguration n’existent que dans l’esprit de l’artisan et ne se manifestent pas en surface si le travail est fait à la main. En recourant à des outils numériques, le MON-MADALA fait transparaitre la conception du monde de l’artisan en plus du dessin original. »

De nouvelles formes d’expression nées de l’application des armoiries familiales

 En appliquant les techniques des Monsho-Uwaeshi et en intégrant des outils numériques, Shoryu et Yoji Hatoba participent à divers projets de design en participant par exemple à la conception de logos d’entreprise ou au développement de produits, en plus de MON-MADALA et d’autres œuvres d’art. Shoryu développe ses activités dans le souci de « faire connaître au plus grand nombre la valeur et la beauté des armoiries familiales, qui sont dotées d’une longue histoire ». D’après lui, le nombre de commandes d’armoiries familiales venant de clients étrangers intéressés par la culture japonaise a augmenté ces dernières années.
 À ce propos, son fils Yoji déclare : « Avant, les personnes étrangères demandaient des “Family crests” en utilisant le terme anglais lorsqu’elles passaient commande, mais récemment, de plus en plus de personnes demandent des “Kamon” (terme japonais pour les armoiries familiales) propres à leur famille ».
 Grâce à leurs activités, dont notamment la collaboration avec des stylistes de renommée mondiale et la diffusion de programmes spéciaux sur des chaînes de télévision nationales, de plus en plus de personnes au Japon redécouvrent l’attrait des armoiries familiales. Nombreuses seront les personnes qui continueront à apprécier le travail de conception des armoiries familiales à l’avenir grâce aux Monsho-Uwaeshi qui héritent de la théorie de conception de ces œuvres à l’histoire millénaire.