Marukyu Shoten Teinture chusen

Une technique de teinture traditionnelle qui a connu des améliorations et des innovations pour répondre aux besoins de la population d'Edo et de Tokyo

Une méthode qui a repoussé les limites de la productivité des teintures à la main

  C'est à l'ère Meiji (1868-1912) que la technique de teinture chusen a été élaborée. L'augmentation de la population de Tokyo a entraîné une hausse de la demande de tenugui (essuie-mains) et de yukata (kimonos d'été), objets de première nécessité pour le petit peuple, si bien que les artisans ont développé la technique de teinture chusen comme méthode de teinture rapide et bon marché.

 On utilise pour la teinture chusen un pochoir correspondant à la forme standard d'un tenugui mesurant environ 100 x 38 cm. Après avoir appliqué de la pâte anti-coloration sur une planche à partir du bord d'un morceau de tissu de 12 m de long, on forme des plis d'accordéon sur le tissu et on applique à nouveau de la pâte anti-coloration à l'aide d'un pochoir. Ce processus est répété pour donner à une longue pièce de tissu la taille d'un tenugui plié. Dans l'étape suivante de la teinture, un banc est formé avec de la pâte anti-coloration à l'endroit où l'on applique la couleur sur le tissu plié, et l'on verse la teinture dans le banc à l'aide d'une bouilloire. C'est ce processus particulier qui a valu le nom de chusen à cette technique, les caractères chinois de chusen signifiant littéralement "verser de la teinture". Lorsque l'artisan a déterminé le moment propice pour teindre le tissu, il actionne un compresseur sous le plateau, et la teinture qui s'est accumulée dans le banc atteint alors d'une seule traite la partie la plus basse du tissu plié. On peut ainsi teindre des dizaines de tenugui en une fois. De multiples couleurs pouvaient être teintes en même temps, ce qui permit de fabriquer un plus grand nombre de produits dans une grande variété de couleurs. Par la suite, en plus des tenugui, on se servit de la technique chusen pour les yukata, habits de tous les jours du peuple. Les nombreux commerçants vendant des teintures chusen dans les quartiers populaires de Tokyo rivalisaient entre eux pour créer de nouveaux motifs les uns après les autres, de peur d'être démodés.

Une nouvelle force pour faire évoluer encore plus les traditions

  Le magasin Marukyu Shoten, fondé en 1899 dans le centre de Tokyo sous le nom commercial "Shin-Edozome", possède à notre connaissance plusieurs dizaines de milliers de pochoirs. Misako Saito, cinquième du nom, et son mari Takashi Yamauchi ont lancé la marque de vêtements "TEWSEN", qui ajoute aux techniques et au savoir-faire artisanal accumulés dans l'histoire de la teinture chusen une touche de design et de couleurs modernes. Chez cette marque, les motifs sont sélectionnés parmi le grand nombre de pochoirs en leur possession et reproduits minutieusement sur un ordinateur par le couple. De nouveaux pochoirs sont créés en y intégrant des éléments de design contemporains, par exemple en ajustant la taille du motif original pour lui conférer un certain rythme. Les haori (vestes qui se portent par-dessus le kimono) élaborés par TEWSEN se basent sur les daboshatsu (chemises amples) traditionnels portés lors des festivals japonais. Nous souhaitons perpétuer la tradition de la teinture chusen, qui a été très populaire auprès du grand public, avec nos vêtements à la finition unisexe pouvant être portés par des personnes de tout âge.