NAKAMURA

La culture propre au Japon du « noren », qui sépare délicatement l’intérieur et l’extérieur, et des techniques de teinture traditionnelles japonaises exceptionnelles

Le noren, rideau qui a évolué dans le quotidien des Japonais

 N’avez-vous jamais vu de rideau en tissu portant le nom ou le logo d’un restaurant japonais à l’entrée de celui-ci ? On l’appelle le « noren ». Il s’agit d’une culture traditionnelle au Japon considérée comme le symbole des magasins.
 Au Japon, les noren ont fait leur apparition il y a plus de mille ans. À l’origine, il s’agissait d’un tissu suspendu servant à protéger l’intérieur du froid, mais ses rôles se sont diversifiés au cours des époques. Le noren, qui permet de faire entrer la douceur extérieure du vent et de la lumière à l’intérieur, est très prisé dans un Japon où le temps change beaucoup lors du passage des saisons. En plus de protéger du froid, on l’accrochait à l’entrée des bâtiments, où il servait à filtrer les rayons du soleil et de cloison. En arborant le nom et le type de commerce, il faisait également office de support publicitaire pour les établissements commerçants. Ainsi, le mot « noren » ne désignait pas seulement le simple objet mais représentait également le magasin même en le symbolisant.

La conception japonaise d’une démarcation constituée d’un morceau de tissu

 De la même manière que pour le torii (portail) d’un sanctuaire, avec sa forme ouverte et sans cloison, qui constitue une frontière entre le domaine humain et celui des divinités, les Japonais perçoivent la présence d’une délimitation entre un espace intérieur et extérieur avec un noren. On peut dire que la perception que, malgré l'absence d'une démarcation physique c’est un autre univers qui nous attend en passant sous un noren représente une caractéristique culturelle et une philosophie propre aux Japonais.
 M. Shin Nakamura, président de l’entreprise « Nakamura », dont le siège est à Tokyo et qui collabore avec des artisans teinturiers dans tout le Japon pour la création de nombreux noren, décrit ceux-ci comme « l’entrée vers la Japonologie ».
« La perception de l’espace change selon la façon à laquelle on suspend le noren en fonction du lieu. Je trouve cependant qu’il manque de personnes qui savent émettre un jugement se rapportant à l’espace. Mon travail consiste à assurer la direction de la production des noren de façon exhaustive, tant du point de vue de la conception spatiale que d’une approche globale. Je souhaite faire découvrir la beauté des techniques de teinture japonaises au plus grand nombre en leur présentant la culture du noren. »

Allier technique traditionnelle japonaise et designers étrangers

 M. Nakamura a participé à une initiative visant à conjuguer les techniques japonaises traditionnelles avec le design singapourien, et a travaillé avec un designer local pour créer des panneaux de décoration intérieure avec un motif à pois. Il aurait été difficile de se faire reconnaître en apportant tout d’un coup des noren à Singapour, et c’est pour cela qu’il décida d’utiliser une des techniques de teinture des noren pour concevoir un produit d’intérieur qui serait bien accepté dans la région après des discussions répétées avec le designer.
 Il a choisi la technique appelée « Wasarasa » (technique japonaise de teinture du coton), qui est généralement utilisée pour la teinture du tissu pour kimono, pour teindre les motifs en utilisant plusieurs pochoirs. M. Nakamura décrit le processus de la manière suivante :  « De nos jours, les technologies d’impression se sont développées et la qualité est très élevée, ce qui rend difficile toute différenciation. Le designer, qui n’était pas familier avec la teinture traditionnelle, considérait également cela comme un problème. C’est pour cela qu’il a décidé de produire des couleurs complexes de manière aléatoire en superposant intentionnellement des moules qui servent généralement à teindre séparément chaque couleur. Nous avons mis au point un design qui permet de visualiser le processus par le biais de six couches de couleur. »
 Cependant, comme le Wasaraza permet de produire des motifs minutieusement dessinés, il a fallu procéder par tâtonnement pour imprimer un grand cercle simple de façon régulière et sans aucune déformation.
 « Après un long et dur labeur des teinturiers qui ont tiré parti des avantages du Wasaraza, il en est ressorti une finition magnifique avec une profondeur de couleur qui ne peut être exprimée par une impression superficielle. Je pense que nous avons pu créer une plus-value inédite en mélangeant divers éléments tels que les techniques traditionnelles japonaises, le design d’un point de vue étranger, et une ligne directrice qui améliore le projet dans son ensemble. »

Étendre les possibilités des techniques traditionnelles grâce au noren

 « Les artisans japonais se distinguent par leur grande diversité. On trouve par exemple, pour une même technique, certains artisans capables de teindre de manière uniforme et régulière, et d'autres qui maîtrisent les dégradés, etc. C’est pour cela que les techniques de teinture traditionnelles ont encore le potentiel d’élargir le domaine professionnel. Il existe par-dessus tout de nombreux artisans désireux de relever de nouveaux défis et d'agrandir le champ de leurs compétences. »
 M. Nakamura affirme qu’il continuera à collaborer avec les artisans pour faire des propositions adaptées aux modes de vie de chaque pays et région, en tenant compte des différentes façons de percevoir l’espace et les couleurs selon les cultures, tout en préservant le charme inhérent au noren et aux techniques de teinture traditionnelles.