Des cordons qui se sont développés conjointement aux armures de samouraïs et aux kimonos des nobles pour fasciner le monde par leur beauté et leurs fonctionnalités exceptionnelles
RYUKOBO
Des cordons qui se sont développés conjointement aux armures de samouraïs et aux kimonos des nobles pour fasciner le monde par leur beauté et leurs fonctionnalités exceptionnelles
On peut classer les cordons, qui sont fabriqués en assemblant plusieurs fils, en trois grandes catégories selon leur méthode de production. Le « yorihimo », tout d'abord, consiste à retordre des faisceaux de fils et est souvent utilisé pour les cordes. On trouve ensuite l'« orihimo », fabriqué en tissant des fils à angle droit verticalement et horizontalement, et le « kumihimo », fabriqué en croisant des faisceaux de fils en biais. On dit du Japon que c'est un pays dont la technologie et la culture de fabrication de cordons sont très développées par rapport au reste du monde. Parmi ces techniques, le kumihimo se distingue par sa fonctionnalité et sa beauté exceptionnelles, inégalées dans d'autres pays, et a été adopté par des marques de mode de renommée mondiale.
Depuis bien longtemps, le kumihimo japonais a contribué à la culture japonaise en tant qu'outil permettant de relier des objets et de rapprocher les personnes des objets. Par exemple, l'armure portée par les samouraïs sur le champ de bataille est constituée de nombreuses plaques en fer « rigides » reliées par des kumihimo « souples ». Le rapport entre l'utilisation du fer et du kumihimo dans ces armures est de 3 contre 7, et c'est donc le kumihimo qui est de loin le plus utilisé. Étant donné que les performances du kumihimo sont directement liées à celles des samouraïs qui manient sabres et lances, des qualités telles que l'élasticité et la durabilité ont été perfectionnées. L'armure représentant par ailleurs l'âme du samouraï, le kumihimo présentait également un caractère décoratif et sa beauté a été affiné en termes de majestuosité et de design.
Au cours de I'époque d'Edo (1603-1868), les kumihimo ont été utilisés pour toutes sortes d'objets de la vie quotidienne, tels que les cordons décoratifs pour les sabres, les obijime (cordes servant à fixer l'obi des kimono), les cordons de haori (veste qui se porte par-dessus le kimono), les inro (petites boîtes de sceaux que l'on accroche à l'obi du kimono par une cordelette) et les pochettes à tabac. La production de kumihimo reflétant la culture locale s'est développée dans diverses régions, et c'est dans la ville actuelle de Tokyo que l'« Edo kumihimo », symbôle de l'« Iki d'Edo » instauré par les samouraïs et les citadins, a gagné en maturité.
Ryukobo est une entreprise familiale qui produit des kumihimo depuis environ 130 ans, et qui a fourni ses produits notamment à la famille impériale et à des acteurs de Kabuki. Ryuta Fukuda, cinquième du nom, présente l'Edo kumihimo de la manière suivante :
« À Edo, on était culturellement soit Iki (sophistiqué) soit Yabo (rustre). Il était considéré comme Iki lorsqu'il se dégageait de nous, de manière discrète et subtile, un certain charme et notre valeur. Être Yabo était tout le contraire. L'Edo kumihimo est d'une sobriéte soignée et possède une élégance discrète. »
Les sortes d'Edo kumihimo sont très nombreuses et, à Ryukobo ont été transmises des techniques permettant de produire des kumihimo de formes variées et avec environ 350 motifs différents. Pour fabriquer les Edo kumihimo, on utilise des kumidai (métiers à tresser) spécialisés, dont le marudai (métier de forme ronde servant à créer des tresses rondes, carrées, plates ou rectangulaires). Chaque fois qu'un artisan déplace un faisceau de fils de manière régulière pour les assembler, les poids en bois fixés à l'extrémité du faisceau de fils s'entrechoquent pour produire un agréable son qui résonne dans l'atelier. On dit que la force utilisée pour serrer les faisceaux de fils varie d'un artisan à l'autre, si bien qu'un artisan peut distinguer celui qui les a assemblés. M. Fukuda dit qu'il fabrique ses kumihimo en leur donnant consciemment un aspect épais et volumineux.
En plus de fabriquer des articles traditionnels tels que les obijime, Ryukobo a également fait sensation en créant une œuvre en kumihimo de 5 000 mètres de long qui orne les vitrines de marques haut de gamme internationales et en reproduisant des kumihimo apparus dans des films d'animation japonais de renommée mondiale. Cet atelier a par ailleurs développé un kumihimo ayant une capacité de charge de plus de 4 000 kg, en tirant parti de ses capacités d'étirement. Il a servi aux médailles de la Coupe du monde de rugby de 2019 et aux sangles de cou des appareils photo pour les fabricants les plus importants.
« Une grande partie des objets d'artisanat traditionnel qui subsistent au Japon servaient à l'origine d'objets courants du quotidien. Ces objets représentaient ce qu'il y avait de plus avancé de leur époque et étaient transmis car ils étaient considérés comme les meilleurs en termes de commodité et de beauté. C'est pourquoi nous œuvrons au développement de produits, en réfléchissant à la manière de tirer parti des techniques, des capacités et de la spécificité de l'Edo kumihimo à notre époque. »
Les artisans d'Edo kumihimo les fabriquent généralement avec des fils de soie. Cependant, M. Fukuda traite également des fils fabriqués à partir de divers matériaux, notamment le bois, l'acier inoxydable et le cuir. À titre d'exemple, le bracelet répond au thème des « objets pratiques du quotidien » car il se compose d'un cordon luminescent qui emmagasine la lumière pendant la journée et brille dans l'obscurité, pour pouvoir être utilisé en cas de catastrophe et pour empêcher l’occurrence de crimes.
« Dans le passé, les fils de soie étaient à tous égards ce qui se faisait de mieux. Mais aujourd'hui, le monde est submergé de nouveaux matériaux présentant un large éventail de caractéristiques. C'est pour cela que je dépasse la dimension artisanale et que je cherche à "tresser tout, à part l'eau et l'air". »
Les nouveaux projets de Ryukobo visant à relier tradition et modernité nous font découvrir le charme et la valeur de l'Edo kumihimo sous une forme nouvelle.